Bornéo : une semaine dans une tribu Iban

Bornéo : une semaine dans une tribu Iban

septembre 20, 2018 8 Par Vingt100

Quand tu vas passer une semaine au fin fond de la jungle dans une Longhouse (une maison longue qui fait office de village), tu sais que tu vas vivre quelque chose d’intense mais tu ne sais pas quoi !

Et effectivement, cela fut intense, éprouvant tout autant que jouissif, surprenant, cognitivement parfois épuisant mais vraiment dur de quitter ces gens tellement attachants.

On a vécu avec eux, ils nous ont amenés passer une nuit à la belle étoile dans la jungle, on leur a appris le Uno et des tours de magie avec des cartes, on a passé de belles veillées à rire ensemble…

Mais avant de vous raconter un peu, faut qu’on pose quelques bases sinon personne ne va rien comprendre 🙂

C’est qui ?

Les Iban ne sont pas un identifiant bancaire international. Ils constituent un peuple montagnard de Bornéo. Quand les Anglais ont envahi l’île, ils ont apelé tout le monde Dayak, c’était plus simple. Pendant longtemps, les Iban furent surnommés les “chasseurs de tête” parce qu’ils coupaient les têtes de leurs ennemis comme trophées.

C’était il y a moins de 100 ans…. Maintenant, la plupart sont de paisibles agriculteurs des montagnes mais à voir comment ils jouent de la machette, difficile de ne pas se rappeler ce passé pas si lointain.

C’est où ?

Notre longhouse à nous s’appellent Perdu (prononcer Perrdou). Pour l’atteindre, c’est pas compliqué : faites 5 heures de route de Kuching, capitale de la province du Sarawak, tournez à droite pour 20 minutes de 4×4 puis prendre le chemin qui monte pour 4 heures de marche dans la jungle. Attention à ne pas vous gourer aux sept traversées de rivières.

Sur le chemin de la longhouse…

La version fainéante consiste à prendre une autre piste hallucinante pendant une heure et demie (on est redescendu par là). Cela ne fait que cinq ans que cette piste existe. Avant, c’était tout à pied ou en “moto” sur les chemins : on les a vus faire, on a toujours pas compris comment ils faisaient pour passer là-dedans, à deux sur la mob trafiquée, un fusil en bandoulière et 50 kilos de poivre dans le dos…

Il n’existe aucune carte de la région (même si les militaires doivent en avoir mais ils ne les partagent pas). Nous qui aimons passer notre temps dans des coins paumés, nous sommes servis. Mais pour la première fois de notre vie, nous ne savons pas où nous sommes.

Vue de la jungle de la longhouse. C’est pareil de tous les côtés… Les points qui brillent sont des abris de tôle à côté des petites plantations de poivre

Et ça, c’est vraiment déstabilisant. Des montagnes recouvertes de jungle à perte de vue (et seulement quand la vue le permet), des rivières à remonter pour retrouver une sente et une sensation persistante d’être complètement désorienté….

Bref, arrivés à Perdu, nous l’étions complètement.

On va pas non plus se la jouer trop aventurier, nous avions un guide Iban pour nous amener là-haut. En revanche, le guide partait le lendemain matin et ne revenait que pour nous ramener six jours après…

C’est quoi une longhouse ?

A gauche la longhouse. Le reste, c’est des poules, cochons et aussi des poules et des cochons…

La longhouse, c’est vraiment à part. Vous prenez un village et vous le mettez dans une seule maison très longue. A Perdu vivent treize familles. Chacune a sa partie privative qui communique avec le grand espace collectif dans lequel les habitants tissent (Capucine et Marielle ont passé pas mal de temps à apprendre), discutent, fument beaucoup, les enfants y jouent et les adultes y font souvent la sieste…

Nous y avons passé pas mal de temps à faire tout cela en même temps (c’est facile, on est quatre :))

La partie commune de la longhouse, c’est vraiment long… y’a des gens au fond 🙂 Chaque porte à droite est la pièce d’une famille

Ils parlent quelle langue ?

Sur la quarantaine d’habitants permanents de la Longhouse (les enfants scolarisés sont en internat), deux parlent un peu anglais. Les autres parlent Iban…

Autant vous dire que le premier jour, on a fini vraiment fatigué d’essayer de comprendre ce que l’on nous disait. L’Iban, c’est pas compliqué, il y a des sons que tu connais, des sons que tu arrives à reconnaître et plein de sons que tu n’arrives ni à reconnaître, ni à faire quand t’essaies de parler !

Très vite, on a intégré la base de la vie Iban : makaï (manger), ngirup (Boire), mandi (se laver). Quand tu croises un autre habitant de la longhouse, il va normalement te demander : Uda… mandi, ngirup, makaï (au choix) ? On peut le traduire par “déjà”.

Au bout d’une semaine, notre vocabulaire s’était grandement amélioré mais on était toujours épuisé d’essayer de comprendre 🙂

Qu’est-ce qu’on a fait là-bas ?

Beaucoup et pas grand chose. Toutes les notions de temps, d’espace et même de rapports sociaux sont différents d’avec notre mode de vie européen.

Donc même ne rien faire était déjà faire quelque chose.

Vu que l’on ne restait que six nuits et qu’il y a treize familles, deux familles nous accueillaient chaque jour. On dormait chez l’une mais on partageait le quotidien et les repas souvent avec les deux.

Oui, certains ont des tables mais on n’a toujours pas compris à quoi elles servaient…

Il faut comprendre que l’on ne partait pas au Club Med avec des activités prévues tous les jours… C’était donc un savant dosage de demander, suivre, proposer.

C’était surtout simplement être là avec eux. Les Iban vivent naturellement et au naturel. Ils s’embarrassent pas de chichis. Le meilleur exemple est ce qui nous a le plus surpris : il n’existe aucun mot pour dire “merci”, “s’il te plait”. Et ne parlons pas de formule au conditionnel style “pourrais-je avoir”…

Si tu veux du riz, tu dis “aci”. Tu veux du thé, tu dis “té”. On te le donne et tu le prends. Point barre. Ils font pareil entre eux… et avec nous bien sûr.

On va être honnête, la première journée, on n’a pas du tout compris comment ça marchait et on était à l’ouest complet (à part les enfants qui ont eux des facultés d’intégration hors du commun).

D’autant plus difficile qu’ils se lèvent avant 6 heures du matin et se couchent à 22 heures (il y a environ trois heures d’électricité le soir grâce à un groupe électrogène, certaines familles disposent d’un panneau solaire).

Avant leur départ lundi pour l’internat, les enfants Iban ont trouvé un copain et une copine

Le truc de ouf : la nuit dans la jungle

Un matin, avec quatre habitants, nous sommes descendus à la rivière pour y passer la nuit. Avec nous, un super type qui s’appelait… Rambo (si, si c’est vrai : on est allé dans la jungle avec Rambo !).

Célestin qui est devenu un super méga copain de Rambo vous fera sous peu un compte-rendu de ces jours épiques.

Voici néanmoins un petit résumé. D’abord “junglemarché” (ananas, fruit du dragon, coeur de palmier, piment…) sur les deux heures de marche pour aller à la rivière. Après, c’est pêche au harpon artisanal, sangsues, chasse, baignade, sangsues, feu de camp, orage épique, soirée cool, dodo humide…

Séance découpage de poisson. Rambo est à droite.

C’est le moment où tu comprends que chacun des agriculteurs un peu bedonnants que tu connaissais se trouve être plus agile, plus rapide, plus silencieux et surtout beaucoup, beaucoup, beaucoup plus endurant que toi.

Qu’il connait tout de sa forêt, qu’il tourne au 3669ème arbre à droite pour récupérer du bambou, qu’il arrive à sortir des kilos de poissons avec sa fourchette et son petit filet dans une rivière où toi tu as beau regarder, tu ne vois rien…

Tu le vois aussi abattre un arbre à la machette en quelques secondes et allumer un feu en un clignement d’oeil.

Tu le vois dormir sur quatre rondins de bois avec un confort qui te ferait fuir en hurlant au bout de 20 minutes. Et tu te dis que ton hamac lui semblerait peut-être trop mou.

Tu t’enveloppes dans ta polaire et une couverture et tu as froid, tu sens l’humidité. Lui s’allonge et s’endors tout simplement.

Quand tu commences à trouver le sommeil, d’un coup tu vois Rambo se lever, prendre son fusil et partir à la course. Dans une nuit plus sombre que tout ce que tu peux imaginer. On n’a jamais compris ce qu’il était allé faire… Par contre, pour te rendormir après… Les enfants, eux, dormaient à poings fermés.

Tu te lèves à 6 heures et tu bailles d’une nuit trop court quand lui est déjà parti chercher des grenouilles, qu’un autre vide des poissons.

Tu comprends que depuis des siècles, les Iban habitent ces forêts, que c’est leur maison, qu’ils sont parfaitement adaptés à leur environnement.

Tu comprends enfin pourquoi ils sont encore et toujours animistes et qu’aucune religion n’a pu les convaincre de son bien-fondé.

Quand la nuit tombe brutalement après un violent orage, que tu ressens ton isolement si loin de tout, tu écoutes les bruits de la nuit et tu scrutes les ténèbres. Alors subitement, tu en viens toi aussi à t’imaginer les esprits de la forêt qui règnent en ces lieux.

Notre campement au petit matin. Cet abri est permanent : il permet aux Iban de dormir pour avoir plus de temps pour pêcher et chasser

Grillade et cuisson au bambou

Retour bredouille de la chasse mais pêche fructueuse

Des soirées formidables

La veillée, c’est cool. Tu t’assieds, tu discutes (ou du moins tu tentes), tu joues au Uno avec ceux qui sont devenus fan, tu observes, tu rigoles, tu es aussi content quand le gars qui parle un peu anglais arrive, tu souris beaucoup avec les lèvres, avec les dents, avec les yeux, tu regardes tes gamins jouaient avec les autres ou avec les adultes quand les petits Iban sont repartis à l’internat, tu bailles aussi pas mal parce que tu es crevé…

Parties acharnées de Uno avec tous les âges

Le poivre du Sarawak

Tous les habitants cultivent le célèbre poivre du Sarawak. Le cours du poivre est malheureusement en chute libre : son prix d’achat a été diminué par trois en trois ans !

Désormais, les grossistes leur achètent environ 15 ringgit le kilo (3,5 €). Avant c’était 50 ringgit…

On les a donc aidés à le ramasser dans les champs en pente, à le trier. On a appris comment faire du poivre noir et du poivre blanc….

La nourriture

Capucine vous donnera la recette des Ponanan, le gâteau Iban typique dont on s’est empiffré.

On a mangé beaucoup de riz (matin, midi et soir), beaucoup de poissons et de poulet (matin, midi et soir) de toutes les façons possibles, beaucoup de fruits et de légumes trop bons, Vincent a mangé une chauve-souris géante (tu m‘as déçu Batman !).

Plein d’autres choses

Apprentissage du tissage en bambou… compliqué !

Cette publication est beaucoup trop longue, d’ailleurs on se demande si quelqu’un est arrivé à la lire jusqu’au bout !

On pourrait en dire beaucoup mais on s’arrêtera là. On publiera plein de photos dans les jours qui viennent.

On est rentré à Kuching il y a quelques heures. Demain, on s’envole pour l’Indonésie. On va se poser à Bali quelques jours dans une guesthouse avec une piscine… On est vraiment des feignasses :))

Bises !

PS : oui, je sais il reste des fautes, mais là, je suis crevé alors je vais dormir 🙂